Tu as souvent critiqué le public lorsqu'il ne bougeait pas assez comme à Paris ou à Marseille. Pourtant un bon concert ne se juge pas nécessairement sur le nombre d'excités dans la salle, non ?
Saez : Deux jours avant l'Élysée Montmartre, c'était Lille et là c'était l'hystérie dès le départ. C'était vraiment hallucinant, mais bon c'est connu que là-bas le public est plus rock, plus chaud. A Paris, les gens ont le choix d'aller voir des concerts totalement différents. Donc ils y vont en t'attendant un peu au tournant. Des potes m'on dit que, pendant tout le concert, il y avait des mecs qui sont restés assis au fond de la salle, qui chantaient les paroles; qui connaissaient tout et qu'à partir de Sauver cette étoile, vraiment c'est passé à un stade. Ils ont commencé à se lever, à rentrer dans le truc. Après c'est vrai qu'un bon concert ce n'est pas forcément l'hystérie, ça c'est plutôt un truc de média de se dire ça. C'est vrai que ça peut-être très calme, avec peu d'applaudissement mais les gens sont là, écoutent et son attentifs. Après à Marseille c'est différent. Ce qui s'est passé et qui m'a gavé c'est que je suis né dans la région, j'ai passé mon enfance entre Sisteron, Manosque et Marseille, j'ai ma famille là-bas. Et sur cette date, il y a un morceau qui est tout con qui s'appelle Frère et sur lequel je n'ai pas pu m'empêcher d'improviser une rime facile : "Frère de Paris, Frère de Marseille". Il y a des mecs qui ont sifflé et ça pour moi c'est pas possible, ça ne passe pas. C'est pas à moi qui vont la faire. En plus venant de là-bas, c'est clair j'te rate pas. La chanson d'après, j'ai pris la parole pour 30 secondes en disant : "Ben, je ne sais pas si vous savez mais moi aussi je suis né dans la région, avec le même soleil... comme quoi vous voyez c'était pas gagné..." Ca m'a énervé, parce que t'es pas à un match de foot. Pourtant, j'aime le foot, je vais supporter Marseille mais ce n'est pas pour ça que je ne vais pas taper sur les Parisiens. Faut arrêter le truc : on vit en autarcie, c'est notre identité, on porte le drapeau, etc. Ca va 5 minutes... A un moment il n'y a pas que toi sur la planète.
Mis à part ces cas précis, tu joue quand même beaucoup la carte de la provocation par rapport au public, c'est délibéré ?
Saez : C'est parce que je kiffe ça. Franchement, je m'éclate comme ça et ça l'fait. C'est ma démarche, mon caractère. Je ne suis pas là pour cirer les pompes ou pour faire l'introverti quand je n'ai pas envie de le faire. Il y a des soirs où c'est différent comme à Montpellier. Ce soir-là, je n'étais pas très bien sur scène et ça n'allait pas du tout vers la provocation.
Franck : Il y avait autre chose dans ce concert...
Saez : Ce concert avait carrément une autre âme, j'étais mal dans ma peau et ça devait se ressentir, ce qui fait que certaines chansons passaient bien dans ce domaine là et d'autre moins. Mais ce n'est pas un calcul, c'est pas étudié...
Et si tes provocations finissent par emmerder le public, ça ne te dérange pas ?
Saez : Ben tu sais quoi, sincèrement c'est cool. Si des personnes partent c'est qu'elles n'ont rien à faire là. Et c'est très bien. Les gens ont bien raison de se casser si ça les gave. Je vais prendre le cliché d'Oasis, quand on leur demande de répondre au sujet de leur ressemblance avec les Beatles, ils répondent : "Espèce de connard, c'est toi qui mets 120 balles. Moi, je suis gros, gras et riche et toi t'as payé mon disque." Cette démarche, je l'aime bien parce qu'il n'y a pas de paradoxe. C'est pas je me le joue pauvre alors que je le suis pas, ce n'est pas je me raconte ceci ou cela. C'est du rentre dedans et après tu le prends au premier ou au second degré, c'est ton choix. Mais au moins ça ne caresse pas dans le sens du poil.